Oubliez les images figées des magazines ou les clichés de cinéma : la mode des années 50 ne se limite ni à une robe à pois ni à une coupe banane. Cette décennie a imposé ses propres codes, parfois surprenants, que l’on retrouve encore aujourd’hui dans la rue ou sur les podiums. Quand on me demande ce qui caractérise le style 50’s, la réponse n’est jamais évidente d’un seul mot. J’ai donc choisi de revenir sur les silhouettes, les choix et les envies qui ont redessiné la garde-robe de toute une génération.
Tailles et modèles de l’époque
Le décor s’installe dès 1947, lorsque Dior lance le « New Look » et impose une révolution : la taille se fait plus marquée, les jupes s’évasent, le tissu s’affiche en quantité après les privations de la guerre. Les robes descendent jusqu’au tibia, ampleur et élégance de rigueur. Les gaines Waspie sculptent les bustes et dessinent la silhouette la plus structurée du siècle. Les femmes, après avoir quitté l’usine et retrouvé la sphère domestique, troquent la tenue utilitaire contre des vêtements conçus pour séduire, sortir ou faire les courses avec panache. C’est ainsi que le look pin up s’impose, accessoires compris, pour affirmer sa féminité jusque dans les rayons du supermarché.
Le style français règne alors sur le monde : Dior bien sûr, mais aussi Chanel, Givenchy ou Balenciaga, tous maîtres dans l’art d’habiller la silhouette. Autre innovation marquante : le talon aiguille débarque, élance la jambe, transforme la démarche. Ce soulier vertigineux devient synonyme de fête et de sensualité, et s’invite dans toutes les soirées où l’on danse jusqu’au bout de la nuit.
Autre petite révolution venue des plages : le bikini fait parler de lui. Si le deux-pièces existait déjà, c’est l’ingénieur Louis Réard qui ose la version la plus audacieuse et la baptise du nom d’un atoll rendu célèbre par les essais nucléaires, pariant sur son impact quasi atomique. Pari gagné : la pièce devient symbole de liberté, alors que les congés payés offrent la possibilité de partir en vacances et de s’afficher sans complexes.
Les codes beauté évoluent eux aussi. Les cheveux raccourcissent, les coupes pixie et les boucles font fureur, la frange s’arrondit sous le front. Côté maquillage, les lèvres se parent de rouge, parfois de rose chez les plus jeunes. Les ongles suivent, en parfaite harmonie avec la bouche. L’imagination n’est pas toujours de mise, mais l’eye-liner façon œil de chat signe l’irruption du style rockabilly, audacieux et graphique.
Teenagers et sous-cultures
Les États-Unis voient émerger une nouvelle figure : l’adolescent, qui impose sa propre façon de s’habiller pour marquer la distance avec le monde des adultes. Ce vent de rébellion donne naissance à de véritables sous-cultures, visibles aussi bien dans la rue que sur grand écran, comme dans Grease. C’est le début de la culture jeune, et la mode s’en empare.
Voici les styles qui se distinguent parmi cette jeunesse bouillonnante :
- Les beatniks adoptent le pantalon capri, les ballerines et le pull fin. Audrey Hepburn incarne ce look dans Funny Face, symbole d’élégance décontractée. À l’époque, cela détonne face aux tenues strictes et sophistiquées des parents, qui préfèrent les jupes amples, les perles et les talons.
- Les adeptes du look rockabilly affectionnent les chemises à motifs, les jeans roulés laissant apparaître la lisière, et les fameuses chaussures de selle, noires et blanches, lacées comme des brogues. Les cheveux gardent parfois les ondulations des années 40, ornés d’un foulard noué en bandeau.
- Les Teddy Boys, quant à eux, se reconnaissent à leur redingote ornée de revers en velours, chemise, cravate western et pantalon étroit. Aux pieds, des chaussures à lacets ou les fameuses creepers à semelle épaisse, qui feront un détour remarqué par la scène punk des années 70 avant de revenir sur le devant de la scène alternative.
Chaque sous-culture s’approprie la mode à sa façon, invente ses signes de reconnaissance et bouscule les repères établis. Les adolescents ne se contentent plus d’imiter leurs aînés : ils s’imposent, expérimentent, et dessinent une nouvelle voie, entre classicisme élégant et provocations stylées.
Les années 50 ne furent pas qu’une page de magazines glacés, mais le théâtre d’une inventivité sans retenue, où la mode s’est faite miroir d’une société tout juste sortie des tourments de la guerre et avide de réinvention. Au fond, chaque époque rêve de retrouver cette énergie, ce souffle qui fait éclater les codes pour mieux les réinventer. Reste à savoir qui, demain, osera réécrire l’histoire à son tour.

